L’apport de la résilience à l’économie positive

renouveauEconomie positive et résilience : se transformer pour survivre

Les successions de crises que nous traversons appellent des réponses nouvelles, voire de profondes transformations. Le concept d’économie positive offre un axe prometteur d’évolution de notre système socio-économique ; les travaux sur la résilience nous éclairent sur la force insoupçonnée qui réside dans la capacité humaine à affronter les difficultés pour se dépasser. Quelles sont les conditions qui permettent à ce ressort de s’activer ?

Un nouveau paradigme économique émerge en réponse à l’impuissance des politiques actuelles à résoudre nos difficultés. Jacques Attali s’est fait le porte-parole d’un humanisme pragmatique où l‘économie positive ne nie pas le profit, mais ne retient pas que ce critère financier, qui à lui tout seul, tendrait à asphyxier notre économie. Aujourd’hui, la course au rendement à court terme nous montre toutes ses limites économiques, mais aussi psychologiques.

L’économie positive, c’est « une économie qui rassemble toutes les entités produisant des biens ou des services, marchands ou non marchands, d’une façon économiquement viable et utile à la fois aux employés et aux clients, à leurs communautés et aux générations suivantes ». Avant Jacques Attali et l’utilité réciproque, le premier psychologue à avoir obtenu un Prix Nobel d’Economie en 2002, Daniel Kahneman, a montré l’importance des représentations dans les comportements et les choix économiques.

En réponse à l’érosion du modèle ancien, l’économie positive devient une condition majeure de la survie de nos sociétés et celle-ci passe par une reconnaissance et un respect mutuels du potentiel de chacun à apporter ses compétences, son énergie et son ingéniosité à l’œuvre commune.

Dans un monde de la complexité – du tissu de liens qui explique des comportements de plus en plus interdépendants – le fameux « gagnant-gagnant » fonde de plus en plus la communauté d’intérêt à vivre, produire et échanger ensemble. Dès lors, l’essor de l’économie en réseau apparait en porte à faux avec un fonctionnement économique obsolète qui conduit à l’inverse, provoquant une destruction nette d’activités et d’emplois, déclin et repli sur soi.

Il est donc normal que ce nouveau paradigme économique trouve son application dans le monde de l’entreprise. Celle-ci, d’invention récente dans l’histoire, se trouve menacée dans son existence actuelle par la montée du désengagement de ceux qui justement devraient œuvrer individuellement et collectivement à la faire gagner. Pourquoi un tel paradoxe ? Comment expliquer que l’absentéisme mental puisse atteindre des records pouvant aller jusqu’à 40% de la masse salariale ?

Dans mon ouvrage[i], j’ai montré combien l’imaginaire positif du capitalisme est déterminant à la prise de risque et à l’engagement. Alors que les représentations se retournent, nous prenons la mesure des limites d’un système socio-économique où la maximisation des rendements à court terme asphyxie l‘entreprise et l’initiative ; une étude de McKinsey a récemment montré que les entreprises familiales – gérées de manière plus durable sur le plan social et humain – affichaient des rendements supérieurs aux entreprises au capital et aux rendements contraints par les marchés financiers.

Anne Verron, Sociologue et spécialiste RH, ouvre une voie majeure en affirmant que la reconnaissance au travail est une clé décisive pour sortir des crises économiques et sociétales. Elle cite Christophe Laval, auteur du livre « Plaidoyer pour la reconnaissance au travail – La puissance de la reconnaissance non monétaire » pour dire cette faille de notre mode de management.

Le constat est que les salariés souffrent quotidiennement de deux maux récurrents, se disputant la désastreuse première place : la surcharge au travail et la non-reconnaissance au travail. La surcharge de travail est largement issue des couches successives de réorganisations pour gagner en agilité et qui ont laminé les équipes, réduit les niveaux hiérarchiques, recentré l’activité sur les métiers de base, etc. Le déficit de reconnaissance au travail est plus culturel, largement répandu dans nos entreprises et explicatif de l’absentéisme mental que l’on connait en raison d’une détérioration du lien et du sens.

A contrario la reconnaissance au travail est vue comme un nouveau modèle managérial et un puissant levier pour redonner le moral à des équipes profondément démotivées.

Pour bien comprendre les fondements de cette nouvelle économie positive, il semble important d’ajouter une pièce cruciale au puzzle. Cette pièce fait le lien entre le passage à l’économie positive et la nécessaire révolution de la reconnaissance au travail : il s’agit de la résilience et des conditions d’activation du ressort, du sursaut, qu’elle permet pour répondre positivement aux nouveaux enjeux.

Qu’apprend-on de la résilience ? Elle se définie comme la capacité à faire face positivement à une situation d’adversité, c’est-à-dire à rebondir. La résilience est un processus qui fait que rien n’est figé : en s’appuyant sur son environnement, ses compétences, sa personnalité et ses représentations, chacun peut trouver une équation propre à activer son ressort de résilience. Ce qui est déterminant dans cette activation, c’est le regard confiant que les autres portent sur vos difficultés et qui vous permettent de ne pas en rester prisonnier, donc bloqué.

Dans l’entreprise, ce regard confiant est celui de la reconnaissance donnée, du soutien organisationnel perçu par les salariés, qui décidera de leur prise de risque, de l’apport de leur ingéniosité à l’intelligence collective. Dans le monde de la complexité, personne ne détient LA solution en raison des niveaux d’incertitude et d’aléas. La solution émerge d’un travail collectif qui exige une implication de chacun et celle-ci dépend de la reconnaissance, de l’attention, de la confiance des autres – et réciproquement – de celles que l’on est capable de porter aux autres. L’altérité prend une place centrale dans les nouvelles relations humaines de l’entreprise. Or, le travail en silo, la défiance et l’individualisme ont poussé à des fonctionnements qui se situent à l’opposé de ce que les temps de crise appellent aujourd’hui comme réponse.

Comme l’avenir de l’organisation passe par une indispensable articulation entre le collectif et l’individuel, il faut pouvoir identifier la part de résilience individuelle qui peut se mettre – ou non – au service de la résilience collective. La convergence des intérêts et des objectifs, l’élan que donne un sens compris et partagé, est plus fort que bien des bonus financiers à produire de l’engagement. La reconnaissance au travail déclenche, dans les temps incertains et difficiles, un ressort, une résilience, insoupçonnés. La résilience est une force quand les conditions sont réunies pour qu’elle s’active et surtout quand la reconnaissance informelle est donnée et reçue.

Un nouveau moteur du lien social se met en place, aidé par les développements des nouvelles technologies. Les communautés d’intérêt fonctionnent sur la confiance mutuelle et les comportements déviants sont sanctionnés par la perte de réputation, et donc de possibilité d’action. L’appartenance à l’équipe, à l’entreprise, se fera de plus en plus selon ce modèle collaboratif.

On voit bien que ce nouveau modèle ne peut plus coexister avec un management fondé sur la peur, la défiance et l’absence de reconnaissance.

Cette transformation décidera de la survie des entreprises et de la reconquête de l’engagement des salariés et par voie de conséquence de notre renouveau économique et sociétal.


[1] Alain Richemond est économiste, Arnaud Cuilleret est psychologue. Ils sont co-fondateurs de RHésilience.


[i] La résilience économique, une chance de recommencement. Alain Richemond, Eyrolles, 2003

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