L’indispensable résilience face à la crise

Article paru dans Focus RH

Publié le 21/06/2012,

Evaluer et activer le potentiel de résilience au sein des        organisations. Tel est le credo du test de résilience « Cuilleret – Richemond ». L’un des deux créateurs de ce test, l’économiste Alain Richemond, nous explique pourquoi la résilience est devenue un enjeu de survie pour les entreprises.

En quoi la résilience est-elle devenue un enjeu pour les entreprises ?

Dans un contexte économique de plus en plus perturbé et instable, les entreprises doivent traverser des cycles hauts et des cycles bas de plus en plus rapides et profonds. Pour cela, elles revisitent tous leurs actifs : leur portefeuille d’activités, leur actif industriel, leurs actifs financiers, leurs marques, leurs lieux de production et de distribution… Après avoir repensé tous ces aspects stratégiques, et engagé l’organisation dans une transformation pour s’adapter à la crise, les dirigeants s’aperçoivent que pour réussir, ils doivent pouvoir s’appuyer sur des collaborateurs résilients, car c’est l’actif humain qui régénère tous les autres actifs.

Comment fait-on pour mesurer ce potentiel de résilience ?

Pour concevoir ce test de résilience, nous sommes partis notamment du vécu d’Arthur Andersen, une entreprise de 84 000 personnes dans laquelle je travaillais lorsque celle-ci a disparu en six mois. Dans cette société, il y avait un très bon potentiel de résilience individuelle et collective, les salariés ayant rapidement trouvé une porte de sortie en rejoignant d’autres structures. En revanche, comme il n’y avait pas de résilience organisationnelle, l’entreprise a disparu. Nous sommes donc partis du postulat qu’il ne pouvait pas y avoir de résilience collective sans résilience individuelle, et pas de résilience organisationnelle sans résilience collective. A partir de ce credo, nous avons analysé avec Arnaud Cuilleret 400 entretiens de conduite du changement menés entre 2005 et 2010. Ce travail nous a permis d’identifier 33 facteurs de résilience individuels et 21 facteurs collectifs. Et c’est sur cette base que nous avons élaboré un questionnaire de 87 questions, que l’on pondère ensuite afin d’obtenir une note de synthèse finale qui mesure la part de résilience organisationnelle détenue par l’humain dans l’entreprise.

Quels sont les principaux facteurs de résilience ?

Vous avez par exemple tout un ensemble de facteurs qui mesurent le soutien organisationnel perçu. Autrement dit, le ressenti que les collaborateurs ont sur l’appui de leur management. Appui qui va leur permettre, ou pas, de se sortir des difficultés rencontrées en mobilisant leur ingéniosité. Parmi les autres facteurs, on peut également citer la capacité à faire du lien, la combativité dont on a fait preuve dans le passé, la compréhension de la stratégie d’entreprise, la projection dans l’avenir, la capacité à communiquer et à fédérer autour d’un projet…

Comment exploiter les résultats de ces tests et les mettre en lien avec les autres process RH ?

Tous ces facteurs qui concourent à l’adhésion du projet de l’entreprise, on les connait, il n’y a là finalement rien de nouveau. Ce qui est nouveau, c’est qu’avec Arnaud Cuilleret, nous les mettons en contexte pour les objectiver et placer ces résultats en perspective. Par exemple, si le niveau de reconnaissance que l’on porte au travail des collaborateurs se révèle trop bas, il y a là un élément de blocage de l’énergie qui ne permettra pas aux collaborateurs d’être résilients. L’entreprise devra alors travailler sur ces signes de reconnaissance et la manière de les donner. A titre d’exemple, il suffit de peu de choses pour qu’un entretien d’évaluation annuel devienne un outil de résilience pour le manager. Les résultats de ces tests ont aussi des implications sur la formation, le rôle du manager comme tuteur de résilience, le réveil de l’initiative… On s’aperçoit en effet que les entreprises ont tendance à se fermer à l’initiative au moment où elles devraient la favoriser.

Vous avez cité l’exemple d’Arthur Andersen. Cela signifie-t-il que pour vous, l’un des enjeux de la résilience, c’est la survie de l’entreprise ?

Tout à fait. Dans un contexte économique et financier qui est encore appelé à se durcir, la résilience constitue une forme de respiration impérative. Et celles qui n’ont pas mis en œuvre cette dimension disparaissent. Ceci étant dit, la résilience ne peut pas tout faire. Si l’entreprise n’a pas le bon business model ou les bons actifs industriels, rien ne compensera le déficit de compétitivité. La résilience détermine les conditions humaines qui permettront à l’organisation de s’adapter et de se transformer. Et ce n’est pas lorsque l’on est au pied du mur que la résilience se décrète. Il s’agit d’un réflexe qui s’acquiert et se développe. Les études montrent en effet qu’il y a une forte corrélation entre le développement durable des ressources humaines et la résilience des collaborateurs.

Propos recueillis par Yves Rivoal : http://www.focusrh.com/strategie-rh/organisation-et-conseil/a-la-une/lindispensable-resilience-face-a-la-crise.html

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